On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans …
− Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
− On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, − la ville n’est pas loin -,!
A des parfums de vigne et des parfums de bière…
− Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
− Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
− Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’à mois d’août.
Vous êtes amoureux. − Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
− Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !
− Ce soir-là, … − vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
− On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.
Rimbaud
Le poème « On n’est pas sérieux quand on a dix-huit ans » de Rimbaud est un texte emblématique de la jeunesse, de la rébellion et de la quête de liberté. Rimbaud, en utilisant une tonalité ironique et provocatrice, exprime le désir de rompre avec les conventions sociales et les attentes de la société.
Le poème débute par une affirmation audacieuse et presque cynique, remettant en question la notion de sérieux associée à l’âge de dix-huit ans. Rimbaud semble suggérer que la jeunesse est une période propice à l’insouciance et à la frivolité, plutôt qu’à la gravité et à la responsabilité.
Ensuite, il évoque des images de révolte et de transgression, notamment à travers l’évocation de la fumée et de l’alcool, symboles de la désinhibition et de la désobéissance. La référence à l’amour et à la passion renforce ce sentiment de tumulte et d’urgence propre à la jeunesse.
Cependant, derrière cette apparence de légèreté, on peut percevoir une certaine mélancolie, voire une amertume. Rimbaud semble conscient de l’éphémère de la jeunesse et de l’illusion qu’elle représente. La dernière strophe, notamment, évoque la désillusion et le retour à la réalité, avec la nécessité de se conformer aux normes sociales.
En somme, « On n’est pas sérieux quand on a dix-huit ans » est un poème qui capture avec finesse les contradictions et les tourments de la jeunesse, tout en exprimant un profond désir de liberté et de révolte contre les conventions établies.
